On parle souvent de la diversité linguistique de l’Afrique comme d’un trésor culturel. C’est indéniable, mais c’est aussi bien plus que cela.
Les langues parlées par les Africains peuvent également contribuer à la création d’emplois, au développement des entreprises, à l’innovation et à la croissance économique.
À mesure que les économies africaines s’interconnectent, la capacité de communiquer avec les populations dans des langues qu’elles maîtrisent prend de plus en plus de valeur.
Une entreprise cherchant à toucher des clients sur différents marchés africains ne peut se contenter d’une seule langue. Une agence de tourisme doit pouvoir échanger avec les visiteurs ainsi qu’avec les communautés locales. Un média a besoin de rédacteurs et de présentateurs capables de s’adresser à divers publics. Les entreprises technologiques recherchent des profils qui comprennent les langues et les cultures locales.
La langue fait partie intégrante de l’infrastructure d’une Afrique connectée.
Un besoin croissant de professionnels des langues Chaque écosystème linguistique crée des opportunités pour les personnes dotées des compétences adéquates.
Les journalistes travaillant en langues africaines peuvent produire des informations pour des publics souvent négligés. Les traducteurs aident les entreprises et les institutions à communiquer par-delà les frontières. Les comédiens voix off peuvent prêter leur voix à des films, des publicités et des produits numériques. Les éditeurs peuvent améliorer la qualité des publications en langues africaines.
Les enseignants, chercheurs, développeurs de logiciels et créateurs de contenu peuvent également bâtir leur carrière autour des langues africaines.
Cette demande est d’ailleurs amenée à s’accentuer à mesure que les services se numérisent.
Les sites web nécessitent des contenus en langues locales. Les plateformes numériques requièrent des traductions. Les systèmes d’intelligence artificielle ont besoin de données linguistiques. Les entreprises cherchent des publicités culturellement adaptées. Les plateformes éducatives manquent de matériel pédagogique.
Il ne s’agit pas simplement d’activités culturelles. Ce sont de véritables activités économiques.
Ouvrir les portes des marchés africains L’intégration économique de l’Afrique dépend en partie de la capacité des populations à communiquer au-delà des frontières.
La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) offre aux entreprises l’opportunité de conquérir de nouveaux clients et de nouveaux marchés. Toutefois, la réussite des échanges commerciaux exige bien plus que la simple suppression des droits de douane et la réduction des autres barrières.
Les entreprises doivent comprendre leurs clients.
La langue est essentielle pour instaurer cette compréhension.
Une petite entreprise qui s’implante sur un marché voisin aura plus de chances de tisser un lien de confiance si elle communique avec ses clients dans leur langue du quotidien.
Il en va de même pour le tourisme, les services financiers, l’agriculture, le divertissement et le commerce électronique.
Transformer les compétences linguistiques en carrières L’un des défis majeurs, cependant, réside dans le fait que la maîtrise des langues africaines n’est pas toujours considérée comme une compétence professionnelle à part entière.
On encourage parfois les jeunes à étudier ces langues, sans pour autant leur présenter les carrières qu’elles peuvent offrir.
Cette situation doit changer.
L’Afrique a besoin de programmes de formation qui font le pont entre les langues et le journalisme, l’audiovisuel, les médias numériques, la technologie, le monde des affaires et l’entrepreneuriat.
Elle a également besoin d’organisations prêtes à embaucher et à investir dans les professionnels des langues africaines.
Cela est particulièrement crucial pour les médias.
Si l’Afrique souhaite davantage d’informations, de ressources éducatives et de contenus numériques dans ses propres langues, elle doit créer des opportunités pour ceux qui les produisent.
Une ressource que l’Afrique possède déjà L’Afrique n’a pas besoin de bâtir sa diversité linguistique de toutes pièces.
Elle est déjà là.
L’enjeu est de transformer cette diversité en un moteur productif pour le développement du continent.
Les langues africaines peuvent susciter de nouvelles vocations, soutenir les entreprises, renforcer les industries locales et faciliter la mise en relation des consommateurs et des producteurs à travers les marchés.
L’objectif n’est pas de remplacer les langues internationales. Il s’agit de garantir aux langues africaines la place qui leur revient dans l’économie, à leurs côtés.
Lorsque l’Afrique investit dans les professionnels qui travaillent dans ses propres langues, elle ne se contente pas de protéger sa culture. Elle investit dans son propre capital humain.