Un enfant peut être intelligent, curieux et avide d’apprendre, et pourtant rencontrer des difficultés à l’école parce que la langue d’enseignement lui est étrangère.
Partout en Afrique, de nombreux enfants commencent leur scolarité en parlant une langue à la maison pour en découvrir une toute nouvelle dans la salle de classe. Soudainement, apprendre les mathématiques, les sciences, l’histoire ou la lecture implique également l’apprentissage d’une nouvelle langue.
Cela crée un fardeau inutile.
Le problème n’est pas d’empêcher les enfants d’apprendre des langues internationales. L’anglais, le français, le portugais et l’arabe peuvent ouvrir les portes de l’enseignement supérieur, de la communication internationale et de l’emploi.
La véritable question est de savoir si les enfants devraient avoir à choisir entre apprendre ces langues et apprendre efficacement.
Quand la langue devient une matière de plus
Imaginez un enfant qui comprend parfaitement un concept lorsqu’il lui est expliqué à la maison, mais qui peine à le saisir lorsque la même idée est présentée dans une langue qu’il est encore en train d’apprendre.
L’enfant peut donner l’impression de prendre du retard. Mais bien souvent, le problème ne vient pas des capacités de l’enfant. Il vient de la langue à travers laquelle le savoir est transmis.
Lorsque les enfants peuvent commencer leur apprentissage dans des langues qu’ils maîtrisent, ils disposent de bases plus solides pour assimiler d’autres langues et des connaissances plus complexes.
Les langues africaines peuvent donc jouer un rôle déterminant dans l’amélioration de l’accès à l’éducation, non pas en remplaçant les autres langues, mais en rendant l’apprentissage plus accessible.
Qu’en est-il des sciences et de la technologie ?
Un argument fréquemment avancé est que les langues africaines ne sont pas adaptées à l’enseignement de matières modernes telles que les sciences, la technologie, l’ingénierie ou les mathématiques.
Mais les langues se développent lorsque les gens les utilisent.
De nouveaux mots peuvent être inventés. Des concepts techniques peuvent être expliqués. Des manuels peuvent être produits. Les enseignants peuvent créer du matériel pédagogique. Les outils numériques peuvent accompagner les élèves.
La question la plus importante est de savoir si nous investissons suffisamment pour rendre cela possible. Une langue ne peut devenir une langue scientifique si le savoir scientifique n’y est jamais produit de manière régulière.
L’importance des ressources humaines et matérielles
C’est là que le défi dépasse le cadre de la simple politique linguistique.
L’Afrique a besoin d’enseignants formés pour dispenser des cours en langues africaines. Elle a besoin de concepteurs de programmes, d’écrivains, de traducteurs, de réviseurs et d’éditeurs capables de créer du matériel éducatif de haute qualité.
Elle a également besoin de plateformes d’apprentissage numérique et de technologies éducatives qui prennent en charge les langues africaines.
Sans ces investissements, les politiques en faveur de l’enseignement en langues africaines risquent de rester lettre morte. Et c’est un autre domaine où l’Afrique fait face à une pénurie de professionnels linguistiques qualifiés.
Construire à partir de la salle de classe
L’objectif ne doit pas être d’isoler les enfants africains du reste du monde. Il doit être de leur fournir des fondations solides à partir desquelles ils pourront interagir avec le monde.
Un enfant qui apprend avec assurance dans sa propre langue peut ensuite en acquérir d’autres sans avoir à sacrifier sa compréhension.
Pour l’Agenda 2063, l’éducation est au cœur de la formation des citoyens qualifiés, instruits et innovants dont l’Afrique a besoin. Cet avenir ne pourra pas se construire en laissant les langues parlées par des millions d’Africains à la porte des salles de classe.
Les langues africaines ne doivent pas seulement porter les récits de notre passé. Elles doivent également porter le savoir qui façonnera notre avenir.