L’avenir numérique de l’Afrique connaît une expansion fulgurante.
Chaque jour, de plus en plus d’Africains utilisent des smartphones, des réseaux sociaux, des plateformes d’apprentissage en ligne, des services bancaires numériques et d’autres outils connectés. Pourtant, les langues que ces populations parlent à la maison et dans leurs communautés ne sont pas toujours équitablement représentées dans les espaces numériques qu’elles fréquentent.
L’Afrique se connecte, mais de nombreuses langues africaines ne suivent pas le rythme.
Il suffit de faire une recherche en ligne pour que le déséquilibre saute aux yeux. De vastes volumes de contenus africains sont disponibles en anglais, en français et dans d’autres langues internationales très répandues, tandis que de nombreuses langues africaines disposent de beaucoup moins de ressources numériques.
Cela ne limite pas seulement ce que les gens peuvent lire. Cela affecte aussi ce qu’ils peuvent rechercher, apprendre, écouter, regarder et créer sur Internet.
Un fossé linguistique numérique
À l’ère numérique, pour qu’une langue reste vivante, il ne suffit pas qu’elle soit parlée.
Elle a besoin de sites web, d’articles de presse, de matériel éducatif, de vidéos, de podcasts, de publications sur les réseaux sociaux, de bibliothèques numériques, de sous-titres, de ressources audio et d’autres formes de contenus en ligne.
Sans cela, les jeunes générations risquent d’utiliser de plus en plus les langues internationales pour accéder au monde numérique, laissant leurs langues maternelles confinées aux échanges hors ligne. C’est ainsi que se creuse le fossé linguistique numérique.
Ce défi est d’autant plus critique que les services publics, les entreprises et les opportunités éducatives basculent en ligne. Si l’information numérique n’est pas disponible dans les langues que les gens comprennent, une partie de la population africaine risque d’être laissée pour compte — non pas par manque d’accès à Internet, mais parce qu’Internet ne parle pas sa langue.
Les créateurs de contenu : le maillon essentiel
Combler ce fossé exige bien plus que de la technologie. L’Afrique a besoin de talents capables de créer des contenus numériques de haute qualité en langues africaines.
Écrivains, journalistes, traducteurs, éditeurs, présentateurs, voix off, enseignants, cinéastes et créateurs de contenu sur les réseaux sociaux : tous ont un rôle à jouer. C’est ici que la pénurie de professionnels des médias maîtrisant les langues africaines devient particulièrement visible.
Une langue peut compter des millions de locuteurs, cela ne crée pas automatiquement un écosystème numérique autour d’elle. Il faut impérativement que des personnes s’investissent :
- Pour rédiger les articles.
- Pour enregistrer les podcasts.
- Pour traduire l’information.
- Pour monter les vidéos.
- Pour créer les sous-titres.
- Pour développer la terminologie adaptée aux nouveaux sujets.
La visibilité d’une langue en ligne dépend avant tout de l’humain.
La technologie peut aider, mais l’humain doit guider
L’intelligence artificielle et d’autres technologies ouvrent de nouvelles perspectives pour les langues africaines.
La reconnaissance vocale peut transcrire la parole en texte. Les systèmes de traduction peuvent rendre l’information plus accessible. Les outils numériques peuvent aider les créateurs à produire du contenu plus efficacement.
Cependant, ces systèmes nécessitent des données linguistiques de qualité et des experts qui comprennent à la fois ces langues et leur contexte culturel. La technologie seule ne peut pas bâtir un écosystème numérique sain pour les langues africaines. L’Afrique doit investir dans les deux.
Intégrer les langues africaines dans l’avenir numérique du continent
L’objectif n’est pas de bannir l’anglais, le français, l’arabe ou toute autre langue internationale de l’espace numérique africain. L’objectif est de faire de la place aux langues africaines à leurs côtés.
Une Afrique numérique véritablement inclusive doit permettre à chacun de chercher, d’apprendre, de communiquer, de créer et de saisir des opportunités dans des langues qui ont du sens pour lui.
La transformation numérique du continent sera d’autant plus inclusive qu’elle reflétera sa diversité linguistique. L’avenir des langues africaines ne se jouera pas uniquement dans les salles de classe ou les institutions culturelles : il se décidera aussi sur Internet.